Socialter n°64 juin-juillet 2024


Socialter n°64 juin-juillet 2024

100 pages, 7,5€

« Peut-on échapper à l’emprise numérique ? »


Dans ce numéro, le dossier principal interroge l’omniprésence du numérique dans nos vies, sujet complexe pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est devenu quasiment impossible aujourd’hui de ne pas avoir affaire au numérique, que ce soit au travail, dans la sphère personnelle ou dans notre relation aux différentes administrations. Il y a vingt-cinq ans, la présence du numérique était balbutiante. Aujourd’hui il est inconcevable de s’en séparer. Dans l’entretien d’Alain Damasio, qui vient de publier un essai sur la Silicon Valley où il a passé plusieurs mois au contact des entreprises du numérique, on sent toute l’ambivalence de l’auteur par rapport à son sujet : d’une part, en tant qu’écrivain de science fiction, il éprouve une certaine fascination pour cet univers, les capacités phénoménales de l’outil informatique, mais d’un autre côté, il est effrayé par le pouvoir du numérique sur nos vies, et l’instrumentalisation de ce pouvoir à des fins mercantiles. Il parle de « techno-capitalisme » et décrit les mécanismes de l’emprise du numérique dans notre quotidien, revenant notamment sur la théorie des nudges (théorie du coup de pouce, comme une application de météo, un GPS, etc.). La suite du dossier se poursuit autour de la « captologie », c’est-à-dire les techniques développées pour capter l’attention le plus longtemps possible de notre esprit. Mehdi Khamassi, directeur de recherche en sciences cognitives au CNRS, est interviewé sur ce sujet : il analyse comment notre attention est détournée grâce aux traces numériques que nous laissons et que les algorithmes reprennent pour proposer un contenu toujours plus ciblé et addictif. Dans le prolongement de cette étude, Arthur Grimonpont, journaliste spécialisé dans l’IA, s’intéresse au pouvoir des algorithmes et comment l’économie de l’attention s’est épanouie avec l’avènement des réseaux sociaux. Il note en outre que sur X (Twitter), le faux se propage plus rapidement que le vrai et que les tweets insultants ont 20 % de chances supplémentaires d’être retweetés. Donc, nous sommes soumis au numérique par bien des aspects mais en plus ce numérique n’est ni fiable ni bienveillant. C’est un peu comme si nous avions créé une jungle avec des animaux sauvages et qu’on nous demandait d’y vivre et d’être heureux d’y vivre. Alors bien sûr, plusieurs personnes ont tenté de proposer des moyens de lutter contre ce tout-numérique et ce techno-fascisme. Parmi les activistes, on retrouve les néo-luddites, inspirés des luddites anglais du 19e siècle qui sabotaient les premières machines industrielles. Cela dit, la portée des actions reste limitée et plus symbolique qu’efficace. 

D’une manière générale, la réponse à la question du numéro est non. On peut tenter de résister à l’emprise du numérique, on peut contourner temporairement certaines contraintes, on peut mettre en place des règles pour ne pas être esclave de son smartphone, mais il n’est plus possible d’échapper au numérique tant sa présence s’est immiscée partout. Le droit à la déconnexion n’est valable que dans le domaine professionnel mais pas dans nos rapports aux administrations qui ont basculé dans le 100 % numérique. Bref, il faut gérer le numérique et s’armer pour bien le comprendre et agir en conscience. 

Dans le reste de la revue, on peut noter un reportage édifiant sur les mines de phosphates en Tunisie et les dégâts écologiques considérables qui sont causés dans la région, avec un impact sur la population locale. Un article sur le consulting vert nous prouve une nouvelle fois combien le capitalisme vert nous enfume. C’est toujours bon de le rappeler. Et en fin de numéro, nous pouvons lire un très bel article sur les fermes Emmaüs comme alternative à la prison. Cela paraît être un bon moyen pour éviter la récidive.

Au final, plusieurs pistes de réflexion, qui mériteraient parfois d’être davantage étoffées et prolongées mais néanmoins, comme toujours avec Socialter, il y a une recommandation bibliographique et on peut se plonger ces références le cas échéant.


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