Le Nouvel Obs – Hors série – été 2024 “Penser l’écologie, le temps de l’action”


Le Nouvel Obs – Hors série – été 2024

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“Penser l’écologie, le temps de l’action”


Parce que depuis quelques années l’été est devenu synonyme de désagréments (canicules, incendies, tourisme de masse, et j’en passe), la presse se convertit à l’écologie. Le Nouvel Obs, organe d’un centre gauche déboussolé par l’avènement du macronisme, se souvient qu’il a compté parmi ses fondateurs un des pères de l’écologie politique en France, André Gorz, ce qui lui permet d’être légitime pour publier un hors série sur le sujet. C’est louable. Dans tous les kiosques et les relais de gare s’affichent dorénavant des titres de revues ambitieux mettant l’environnement en avant. Et donc, ce hors série. Ne boudons pas notre plaisir, ce numéro n’est pas si mal. 

Toutefois, on sent bien que ça ne sera pas incroyable, qu’il n’y aura pas de radicalité, pas de remise en question du système, pas de grandes théories révolutionnaires. On le sent dès l’éditorial d’Eric Aeschimann, qui promet que ce numéro ne sera pas désolant, c’est la promesse de passer de bonnes vacances, conscient que ça ne va pas fort mais on va pas se mettre la rate au court bouillon non plus. “Promis, juré, ce numéro n’est pas anxiogène”. Phrase conclusion qui illustre hélas la situation dans laquelle on est. Ce qui suit n’est pas intéressant, il s’agit ni plus ni moins que d’une synthèse des différents positionnements idéologiques des intellectuels du moment sur la question environnementale.  Mais avant d’aller plus loin, restons un petit peu sur cette phrase, sur cette promesse que ça ne sera pas anxiogène. Il y a une ambiguïté dans cette promesse, c’est-à-dire que l’on sait, tout le monde sait qu’il y a une urgence à changer de modèle, et tout le monde voit bien que le modèle résiste fortement, que ça soit dans les politiques gouvernementales, les développements économiques, les trajectoires prises par les grandes entreprises ou les médias : personne ne veut vraiment changer de modèle. Conclusion logique, on va tous crever. Mais plutôt que de rappeler à quel point l’avenir est sombre, plutôt que d’asséner encore et encore les mêmes tristes prédictions, ce numéro souhaite nous laisser entrevoir des raisons de ne pas déprimer complètement. Il y aurait donc de l’espoir? Pas vraiment. Le Nouvel Obs est un journal sérieux, il n’invente pas des jours heureux pour faire vendre. Il sait pertinemment bien que c’est cuit, et c’est en connaissance de cause qu’il nous promet d’alléger notre conscience par la présentation d’alternatives qui pourraient marcher et qui sait, nous empêcher de vivre dans des villes à 50°C en juillet. 

Alors, voyons de quoi il retourne, et pourquoi nous aurions des raisons de ne pas angoisser. Le numéro est plus ou moins axé sur la base des “dix visions de l’écologie”. Si on est écologiste, parmi ces dix visions, il y en près de la moitié qui ne sont pas écologistes : l’écologie de marché, le techno solutionnisme, l’écologie réactionnaire et même la pensée du vivant (le latourisme en quelque sorte)… S’en référer au marché, au progrès, ou à Gaia, franchement, ça ne fait pas du tout avancer l’écologie. Rappelons que le sous-titre du numéro est “le temps de l’action”. A la lecture des différents articles, on sent plutôt que l’action est envisageable mais jamais réalisée complètement. Il y a bien quelques pages sur les Soulèvements de la Terre, un portrait de Malcolm Ferdinand (dont j’avais suivi une conférence l’année dernière, assez intéressante), mais pour le reste, c’est mollasson. Il s’agit surtout de penser les écologies et les convergences des luttes avec le féminisme, la décolonisation, le marxisme, etc., plutôt que trouver dans ce numéro des actions concrètes, des mouvements actifs, ou même des pistes d’action qui pourrait donner lieu à un peu d’espoir. Non, il s’agit d’un catalogue de pensées diverses, chapitrées, avec les portraits de certaines personnalités, Cédric Villani, Alain Damasio et Camille Etienne. C’est très sympa à lire, hein. On y apprend pas grand chose sur l’écologie mais beaucoup sur leur ego et leur motivation. Et à la fin, on a droit à faire un quiz pour savoir quel type d’écolo on est, parce que c’est l’été, on peut rigoler, bon sang. Pas d’angoisse, les amis. 

Eh bien, je ne suis pas certain que ça marche.


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